Chemin de croix de Médard Bourgault pour deux jeunes héros

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10 avril 2017 | Chemin de croix de Médard Bourgault pour deux jeunes héros de guerre

 Jean-François Blanchette,  Société québécoise d’ethnologie 

Le 10 juillet 1946, l’ethnobotaniste Jacques Rousseau rend visite à Médard Bourgault qui est à sculpter un chemin de croix en souvenir de ses deux frères, Maurice et Philippe Rousseau, décédés en France lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le chemin de croix est offert par la famille Rousseau à l’église d’Igney (Meurthe-et-Moselle), où est mort Maurice.

Les stations I et II du chemin de croix qui en compte 14. Photos : Pierre Michon de Montmagny

C’est l’une des découvertes émouvantes que j’ai faites en faisant de la recherche dans le cadre de la préparation des activités que la Société québécoise d’ethnologie organise en 2017 afin de célébrer Médard Bourgault (1897-1967) et son héritage, car Médard Bourgault est né il y a 120 ans et est décédé il y a 50 ans.

Voici brièvement l’histoire de nos deux jeunes héros de guerre, à qui Jacques Rousseau rend un vibrant hommage :

« Les lieutenants Philippe et Maurice Rousseau, deux frères originaires de Montmagny, Québec, étaient officiers dans le 1er Bataillon de parachutistes canadiens. Les membres de cette unité de frappe étaient confiants et fiers de leurs bérets marron et de leurs bottes brunes hautes de forme. C’était une force d’élite constituée d’individus supérieurs.

« Philippe la veille du départ pour la France, juin 1944 et Maurice »

Le lieutenant Philippe Rousseau a perdu la vie lors du jour J, le 6 juin 1944, lorsque lui-même et son peloton tombèrent dans une embuscade allemande, après avoir été parachutés quinze milles de l’endroit prévu. Son frère, le lieutenant Maurice Rousseau, perdit la vie quand il commandait un groupe de dix hommes qui furent parachutés derrière les lignes allemandes en septembre 1944, avec pour mission de détruire des installations ferroviaires. (…)

Ces deux officiers furent par la suite enterrés au cimetière de Ranville, France.

Les frères Rousseau faisaient partie d’une troupe d’élite. Ils étaient remarquablement entraînés et leur moral était inébranlable. Ils étaient forts, braves, disciplinés et fiers. Ils étaient paras [parachutistes]! « 

(Jacques Rousseau, cité dans Camille Laverdière et Nicole Carette, Jacques Rousseau 1905-1970, Bio-bibliographie, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1999, 430 p.)

Les Français se souviennent

« Igney à ses enfants morts pour la patrie ». Monument commémoratif sur lequel on a également inscrit le nom du Lieutenant Maurice Rousseau.

Mes recherches d’information en France m’ont permis d’entrer en contact avec M. Daniel Schluck, maire d’Igney (près d’Avricourt) où l’on honore la mémoire de Maurice qui y est décédé. Un monument commémoratif de son village rend hommage « à ses enfants morts pour la patrie », sur lequel on a inscrit également le nom du Lieutenant Maurice Rousseau, parachutiste canadien qui y est décédé le 17 septembre 1944.

Les Français de Normandie n’ont pas oublié non plus les Canadiens qui ont sacrifié leur vie pour leur redonner la liberté lors du débarquement le 6 juin 1944. Les gens de Gonneville-sur-Mer ont érigé, près de la mairie, une stèle en mémoire du lieutenant Philippe Rousseau et de ses hommes. On peut y lire, en français et en anglais :

« À nos camarades. À nos libérateurs. À la mémoire de nos camarades canadiens du 1er bataillon de parachutistes de la 6ième Airborne tués au combat les 6 et 7 juin 1944 lors du débarquement de Normandie à Gonneville-sur-mer et Douville en Auge. »

Au dos de la stèle, on peut lire le nom du Lieutenant J. Philippe Rousseau et de ses hommes.

Une jeune Française de 38 ans témoigne du souvenir de ces héros sur le blogue de Pierre Lagacé:

« Bonjour je suis très touchée par vos récits je suis originaire de Douville en Auge et ma mère bientôt âgée de 81 ans était à Douville. Elle se rappelle bien de ce qui s’est passé au moment du 6 juin 1944 avec les Canadiens. C’était non loin de Gonneville-sur-mer et Grangues. C’était au lieu-dit la maison blanche sur la commune de Douville en Auge. D’ailleurs aujourd’hui 7 juin 2014, je vais me rendre à Gonnevile-sur-mer déposer des fleurs devant la plaque de ces soldats à qui nous devons la liberté. Je suis âgée de 38 ans et avant c’était mon père qui déposait des fleurs. Il est décédé l’année dernière. Donc à moi sa fille de faire un geste pour ces soldats. » (Pierre Lagacé : Philippe Rousseau, un héros inconnu et méconnu de Montmagny ?)

Le Canada se souvient

Le Canada perpétue le souvenir de ses héros de guerre en inscrivant leurs noms dans les Livres du souvenir  qui sont exposés dans la Chapelle du Souvenir de la tour de la paix sur la Colline du Parlement à Ottawa, de même que dans le Mémorial virtuel de guerre du Canada que l’on peut consulter en ligne. On trouvera la référence au Lieutenant Joseph Philippe Rousseau  et au Lieutenant Joseph Maurice Rousseau, tous deux du 1er Bataillon canadien de parachutistes, en cliquant sur leur nom respectif.

Remerciements et références

Le mariage de Maurice avec Agnès Hornby, en Angleterre, en 1943. Philippe est derrière Maurice.
La dame d’honneur serait la sœur d’Agnès, Joséphine. L’homme derrière les deux femmes serait leur frère Léo.

Je remercie François Rousseau, fils de Jacques et neveu de nos deux héros de guerre, pour les photographies d’archives de la famille qu’il a bien voulu me communiquer, ainsi que pour les échanges sur les évènements touchants de l’histoire de sa famille. Sa cousine Claude m’a apporté des informations précieuses et je l’en remercie également.

Je sais gré à Philippe Rousseau, neveu de nos deux héros de guerre, de m’avoir mis en contact avec son cousin François et sa cousine Claude. On lira avec intérêt l’article sur son oncle Philippe, Philippe Rousseau, le 6 juin 1944 et celui sur son oncle Maurice 1944 : Maurice Rousseau et l’opération Loyton.

Aimelaime
L’église Saint-Martin d’Igney, à qui la famille Rousseau a offert le chemin de croix.

Je suis reconnaissant à monsieur le maire d’Igney, Daniel Schluck, pour ses bons offices qui témoignent des liens précieux d’amitié qui unissent nos deux pays.

Médard Bourgault sculpte une station de chemin de la croix en 1961.

Enfin, je remercie André-Médard Bourgault pour sa collaboration lors de mes recherches sur Médard Bourgault et pour m’avoir donné accès au Fonds Médard-Bourgault déposé aux Archives de la Côte-du Sud où le personnel a été extrêmement bienveillant lors de mes visites.

On lira avec intérêt l’article du Centre Juno Beach sur la formation et l’histoire du 1er Bataillon canadien de parachutistes.

Crédit des photographies

La photographie de Médard Bourgault provient des Archives de la Maison Médard Bourgault.  Les autres photos ont été tirées de l’album de famille de François Rousseau, à l’exception des photos d’Igney. Celle du monument commémoratif est de la mairie d’Igney. La photo de l’extérieur de l’église Saint-Martin d’Igney est d’Aimelaime. Celle de l’intérieur est de René Hublot. Nous les remercions chaleureusement.

5 commentaires

  1. Excellent article de M, Blanchette qui fera parti de notre mémoire collective.

    Médard Bourgault, un incontournable de la sculpture sur bois au Québec, sculpteur autodidacte né à Saint-Jean-Port-Joli, créa une École de sculpture dans les années quarante avec ses deux frères. Il a fortement participé à créer dans sa région, une tradition de sculpture sur bois, qui existe encore aujourd’hui, comme en témoigne l’International de Sculpture de Saint-Jean-Port-Joli.

    Il est dans la norme des choses pour la famille Rousseau (10 gars et 2 filles), d’offrir ce témoignage en mémoire de leurs deux frères, qui ont donné leur vie, comme tant d’autres Québécois, pour sauvegarder la liberté de notre civilisation.

    Philippe Rousseau, neveu de Philippe et Maurice Rousseau

    1. Merci monsieur Rousseau de votre témoignage sur les frères Bourgault dont le patrimoine est inestimable. C’est un plaisir continu de découvrir leur œuvre.

    1. En effet, monsieur Deschênes, nous sommes dus pour une exposition majeure sur les Bourgault et leurs ateliers-écoles qui ont permis au Québec d’obtenir une réputation internationale dans le domaine de la sculpture sur bois à partir des années 1930. La Société québécoise d’ethnologie a déclaré 2017 « Année Médard Bourgault ». Peut-être que les activités que nous allons organiser cette année — et que nous annoncerons prochainement — nous permettront d’attirer l’attention des décideurs culturels sur les besoins d’une telle exposition.

      En attendant, le public a la chance d’aller voir, jusqu’au 3 septembre, la très belle exposition que le Musée québécois de la culture populaire consacre à Jean-Julien Bourgault, grâce au commissariat de Nicole Bourgault. On en trouvera l’information à http://www.culturepop.qc.ca/expositions-et-collections/expositions-a-l-affiche/jean-julien-bourgault-temoin-de-son-temps/

  2. Merci pour cet article passionnant qui révèle le courage et la détermination de ces deux soldats québécois pour la patrie canadienne et britannique, ainsi qu’au maintien de l’Empire britannique et de la liberté. Jean-François, tu as très bien raconté le récit de ces héros de guerre et de leur sacrifice. Merci pour ce vibrant témoignage.

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