Compte rendu de la ciné-rencontre Traces d’une histoire oubliée

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20 mars 2019 | 

Troisième séance des ciné-ren­contres 2019 de la Société qué­bé­coise d’ethnologie, le film Traces d’une his­toire oubliée  de Lara Fitzgerald nous plonge dans l’univers de la traite des four­rures.  Ce docu­men­taire relate l’a­ven­ture mécon­nue de Révillon et Frères, grande mai­son de four­rure pari­sienne qui s’est ins­tal­lée dans le Grand Nord cana­dien au début du 20esiècle.  Cette com­pa­gnie avait vu le jour en 1839 lorsque Louis-Victor Révillon rache­ta la mai­son de four­rures Givelet. La firme se spé­cia­li­sait  alors dans l’industrie de la mode.  En 1901, Victor Révillon, petit-fils de Louis-Victor,  se charge de la dif­fi­cile mis­sion de l’approvisionnement à la source auprès des chas­seurs autoch­tones. Il vien­dra alors aux États-Unis et au Canada et met­tra en place une soixan­taine de postes de traite  répar­tis sur la quasi-tota­li­té des pro­vinces et des ter­ri­toires cana­diens. Il devra alors affron­ter la puis­sante Compagnie de la Baie d’Hudson qui a le contrôle des ter­ri­toires du com­merce des four­rures. Cette der­nière fini­ra par fusion­ner Révillon et Frères et leur épo­pée en terres cana­diennes pren­dra fin en 1936. Dans le sillage de cet échec, Révillon et Frères effacent les traces leur pas­sage au Canada. Ce fut un tra­vail de recherche impor­tant pour la cinéaste Lara Fitzgerald qui réus­sit à recons­ti­tuer leur his­toire par le biais d’archives, de témoi­gnages, de ren­contres auprès des des­cen­dants euro­péens et d’anciens employés. Pour com­plé­ter la docu­men­ta­tion, des écrits de Victor Révillon et de leur char­gé d’affaires, Thierry Mallet, ont servi à docu­men­ter les aven­tures et les récits de vie en pays de traite. 

Thierry Mallet est arri­vé au Canada en 1908. Il avait 24 ans. Il pas­se­ra 30 ans à tra­vailler pour la com­pa­gnie Révillon. Il passe la plus grande par­tie du temps à par­cou­rir le ter­ri­toire et ren­con­trer les chas­seurs autoch­tones. Durant un de ses séjours, il croise le pho­to­graphe et cinéaste  Robert Flaherty. Celui-ci lui fait part de son désir de faire un film sur le mode de vie des Inuits. Mallet convain­cra Révillon et Frères de finan­cer ce film. Nanook of the North  devien­dra le pre­mier docu­men­taire au monde et sera vu à tra­vers le monde entier dès 1922.

En 1930, la mai­son Révillon publie à New York « Glimpses of the Barren Lands », sous la plume Thierry Mallet. Fin obser­va­teur, ses talents d’écrivain lui per­mettent de publier de nom­breux articles sur ses séjours et ses obser­va­tions lors de ses périples dans les postes de traite. Il ren­contre de nom­breux groupes des Premières Nations et note les traits de carac­tère et les modes de vie obser­vés. Publié seule­ment en anglais à cette époque, le livre serait demeu­ré incon­nu si l’historienne et tra­duc­trice Michèle Therrien  ne l’avait pas redé­cou­vert dans les années 1990. Constatant le grand inté­rêt et la richesse des détails notés par la belle écri­ture de Thierry Mallet, les Éditions Septentrion font  paraître le livre en ver­sion fran­çaise en 2000 sous le titre Kakoot, récits du pays des cari­bous. C’est un ouvrage remar­quable à tous points de vue, aussi bien sty­lis­tique qu’ethnologique. 

Comme invi­té lors de cette ciné-ren­contre, la SQE a eu l’honneur et le pri­vi­lège d’accueillir M. Denis Vaugeois des Éditions Septentrion qui a tra­vaillé à la paru­tion du livre Kakoot, récits du pays des cari­bous. M. Vaugeois a débu­té en édi­tion au Journal Boréal Express, aujourd’hui Le Boréal. Il a été élu dépu­té de Trois-Rivières en 1976 puis a été ministre des Affaires cultu­relles. Il fonde les Éditions du Septentrion en 1988, mai­son d’édition spé­cia­li­sée en his­toire et en sciences humaines. La mai­son compte main­te­nant plus de 700 titres actifs à son cata­logue dont plu­sieurs ont reçu des titres de dis­tinc­tion. C’est à lui que nous devons la créa­tion du grand Prix Albert-Tessier du Québec en cinéma.

À la une : Lise Cyr et Denis Vaugeois au pre­mier plan, Jean-François Blanchette au second plan.

Photo : Philippe Dubois


Nous tenons à remer­cier Mme Catherine Dorion, dépu­tée de Québec soli­daire du comté de Taschereau ainsi que la Caisse Desjardins du Plateau Montcalm pour leur appui à notre pro­gramme de ciné-rencontres.

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