Pourquoi joue-t-on des tours ? Le cas de la mystification en Acadie

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Ce con­den­sé est tiré de l’article de Car­men d’Entremont pub­lié ini­tiale­ment dans la revue Rabas­ka, vol­ume 16, 2018 p. 11–24

Il existe en Acadie une tra­di­tion fasci­nante qui man­i­feste sa vital­ité et étonne par son orig­i­nal­ité. Les astuces pour s’amuser, se venger et punir font par­tie de ce qu’on appelle la mys­ti­fi­ca­tion. C’est une cou­tume uni­verselle qui con­siste à tromper les gens en abu­sant de leur cré­dulité. Sa présence se reflète dans les prin­ci­paux domaines de la tra­di­tion, le cal­en­dri­er fes­tif, les rites et les activ­ités quo­ti­di­ennes exposant ain­si sa longévité. Dans la plu­ral­ité du quo­ti­di­en, l’humour, le plaisir et tout le con­texte de jouer un tour occu­pent une place assez impor­tante et intéressante.

Vic­tor Comeau, orig­i­naire de Comeauville, vient de se faire beur­rer le nez à Riv­ière-Meteghan par une de ses nièces lors de son 73e anniver­saire de nais­sance, le 27 novem­bre 2016. Pho­to : famille Comeau, 2017

La mys­ti­fi­ca­tion divise ses par­tic­i­pants en deux groupes dis­tincts : les mys­tifi­ca­teurs [les trompeurs], ceux qui sont dans le secret, c’est-à-dire qui sont au courant de la tromperie qui se pré­pare, et les vic­times, qui sont mal­heureuse­ment tenues dans l’ignorance et qui se font avoir. Tel que men­tion­né par Denise Rodrigue dans le cadre de son étude sur Le Cycle de Pâques au Québec et dans l’ouest de la France « Le besoin de duper les gens sem­ble inhérent à la nature humaine ». Un besoin qui se reflète par la néces­sité d’être astu­cieux et mali­cieux. Ceux qui ont recours à des astuces se retrou­vent plongés dans un con­texte de tra­di­tion, de diver­tisse­ment, d’intégration et d’autonomisation. Les farceurs dis­ent qu’ils mys­ti­fient « pour s’amuser », « pour rire » ou « pour tuer [faire pass­er] le temps ».

Les ini­ti­a­tions com­pren­nent sou­vent des tours avec l’objectif d’agréger un indi­vidu à une col­lec­tiv­ité don­née sus­ci­tant ain­si des liens affec­tifs et ren­forçant la sol­i­dar­ité du groupe en ques­tion. L’intention de nom­breux mys­tifi­ca­teurs est de pren­dre leur revanche, surtout pour régler leurs comptes avec ceux qui les ont attrapés au cours de l’année. Les tours représen­tent égale­ment une forme de sanc­tion pop­u­laire. Cer­taines per­son­nes jouaient des tours avec l’intention, non seule­ment de punir, mais de cor­riger un mau­vais com­porte­ment. Il y a cer­taine­ment d’autres raisons moins com­munes pour jouer des tours comme mys­ti­fi­er la pop­u­la­tion dans l’intention d’exhiber leurs tal­ents ou encore pour avoir des choses à raconter.

Effets per­son­nels embal­lés dans du papi­er alu­mini­um en 2010, dans la cham­bre d’un étu­di­ant de l’Université Sainte-Anne, à Pointe-de‑l’Église, N.-É. Pho­to : Liam Han­ks, 2010

Les don­nées con­sultées ont per­mis de con­stater que la mys­ti­fi­ca­tion exploite les faib­less­es et la naïveté des gens, peu importe les motifs et les inten­tions. Ce qui amène à con­tester l’expérience des indi­vidus qui sont l’objet de ces plaisanteries.

On peut se pro­cur­er un exem­plaire de la revue Rabas­ka ici.

 

Crédits
Rédac­tion : Liz Pamela Fajardo
Révi­sion : Louise Décarie
Mise en page : Marie-Ève Lord

 

Image à la une :  Crème fou­et­tée sur le vis­age. Pho­to : Incon­nue, pxhere 2021

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